La parole en famille : dire ou ne pas dire ?

Au moment d’écrire ces lignes, je me pose cette question : qu’ai-je envie d’écrire et de quoi vais-je vous parler ? C’est finalement ce sujet qui m’inspire aujourd’hui : cette « parole ». Cette envie de dire ou pas, de s’exprimer ou pas.

Le temps de la parole

Du temps de mes grands-parents, on ne parlait pas à table. En tout cas, les enfants ne parlaient pas à table. Pas de droit à la parole donc. Ce temps est, je pense, révolu mais est-ce pour autant qu’un enfant a droit à la parole ? Ne rien dire ou ne rien pouvoir dire : 2 histoires sans paroles ou presque.

Bébé pleure : n’a-t-on pas envie tout de suite de le faire taire et de lui « clouer le bec » ? Et de lui donner de suite sa sucette. Acte anodin puisque cette « tutut », il l’adore. Mais au-delà de cette solution souvent gagnante, Bébé avait peut-être besoin d’exprimer autre chose. Une faim, un mal-être, un mal de ventre ou de dent ou un besoin de bras, de câlins et d’être porté.

Frustration et parole muette

Ce matin, en dessous de ma fenêtre, une maman criait sur son fils d’environ 7 ans. Elle lui reprochait de râler, de ne pas être gentil. Je ne connais pas l’historique de l’évènement mais ce que je peux dire c’est que manifestement la maman était excédée. Sa colère s’entendait haut et fort tout le long du chemin. Je me disais que ce garçon avait peut-être effectivement « râlé ». Mais en tout cas, là il ne râlait pas et autant que j’ai pu le constater, ni à l’aller, ni au retour. Mais la maman était par contre bien déchaînée. Le jeune garçon lui ne disait rien, ne pouvait pas placer un mot. Parole muette.

Je comprends que des cris, des pleurs ou des râleries dérangent et que cela nous soit insupportable. Mais je crois que c’est utile pour un enfant de pouvoir exprimer par le cri, les pleurs ou la parole ce qui ne va pas. Son malaise, son mal-être ou sa frustration. Et c’est à nous adultes, de traduire cela. D’entendre le message et d’aider l’enfant à accepter ou à passer le cap. Parfois en donnant un câlin avec des paroles douces, parfois une explication et un ton ferme avec un « non, c’est dangereux » en fonction de la situation.

Je crois aussi qu’un enfant comprend vite et apprend que s’il veut être accepté voire aimé (c’est ce qu’il croit de son point de vue), il doit obéir et se taire.

Tout dire, tout exprimer

paroleJe comprends aussi le besoin de crier d’un adulte, d’une maman fatiguée ou débordée et qui déborde…

Mais je ne comprends pas toujours le besoin de le faire en public ou sur certains réseaux sociaux. Bref, je m’interroge sur l’intérêt de cette parole débridée et publique. Parfois proche de l’humiliation comme pour le jeune garçon exposé aux regards et aux oreilles de tous ce matin. Ou encore synonyme d’insultes envers un ex ou un collègue.

Quels besoins derrière cela ?

– celui d’exister ?
– celui de se plaindre ?
– ou encore celui d’être reconnu, accepté ?

Peut-être tout simplement récolter des « likes » pas si anodins que cela finalement. Et qui augmentent l’estime de soi, la valeur que l’on nous donne (ou on veut le croire !) et au final un tant soit peu notre réservoir d’amour de soi.

Je me demande si cette tendance à se plaindre, à s’épancher, si cette parole libérée, n’a pas l’effet contraire. Si cette exposition aux yeux de tous ne fige pas la personne dans un rôle au lieu de l’en libérer.

 

Alors que dire ?

La parole comme le langage s’éduque : il y a des choses qu’on dit, d’autres qu’on ne dit pas. Ou pas à tous ou pas devant tout le monde. Ou pas tout de suite. A commencer par nous, les adultes.

Quand il y a un trop-plein de tout ou de rien :
– s’octroyer un temps de pause, de réflexion et faire le point dès que possible. Est-ce que je suis énervé(e) parce qu’il (elle) pleure ? qu’il (elle) râle ou parce que moi, ça ne m’arrange pas qu’il (elle) pleure (encore !) à ce moment-là ?
– se poser la question : qu’ai-je à dire en vrai ? Ma vérité.
– se positionner et décider de l’action pour cette fois-là ou pour la suivante.

 

Et avec nos enfants

– dès que possible et même pour les petits, mettre des mots sur leurs maux, leurs pleurs. Et même si on ne comprend pas tout, on peut le dire aussi. Et peut-être bien que la sucette est une solution aussi parmi d’autres.
– dès que l’enfant peut s’exprimer, pas forcément par les mots mais par les gestes, c’est déjà plus facile de se positionner, d’éliminer certaines causes et de se centrer sur LE problème. Ou mieux LA solution.

Quand l’échange est possible et que l’adulte garde son calme, on peut avancer vraiment sur une parole ouverte et libre. Même si le (la) jeune est agité(e), frustré(e) etc. Alors il n’y pas de bonne ou de mauvaise réponse. Un « oui, ok » peut convenir. Tout comme un « non, je ne suis pas d’accord ». Mais on peut, en tant qu’adulte, entendre le mécontentement, la frustration du (de la) jeune. Et accepter aussi qu’il (elle) l’exprime. Cela s’éduque aussi pas à pas et à chaque fois que l’occasion se présente.

Je crois qu’au fond, plus que la parole, c’est la façon de dire qui importe. Ce qui sous-tend nos paroles, c’est notre amour pour nos enfants et/ou petits-enfants. Et notre souhait de les guider et de les protéger. De cela aussi nous pouvons parler.

A très bientôt.

 

 

                                                                                                             Roselyne MOUROT pour l’Association Oze
https://www.accords-equilibre.fr/

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