Le mensonge chez le jeune : un beau sujet d’éducation

Le mensonge n’est pas neutre. Nous, formateurs, nous recevons des élèves ou vous, les parents, nous nous apercevons souvent que les enfants mentent. Ceci n’est pas toujours sans conséquences parfois fâcheuses voire graves, pour eux et pour nous.

« Comment réagir face à un enfant ou un adolescent qui ment ? »

Tout d’abord, posez-vous certaines questions :

1) Pourquoi nous, les adultes, nous mettons-nous des masques ? Le mensonge est-il forcément un mal ? Peut-on toujours dire la vérité ?

Oui, combien de personnes s’abritent derrière des masques ? Elles ont peur du regard des autres. Elles se protègent derrière un grand sourire qui cache parfois un grand désarroi ou elles ont peur d’importuner les autres avec leurs problèmes. Le masque permet également d’éviter de dévoiler le jardin secret à tout le monde et de donner le bâton pour se faire battre, a postériori. Toute vérité n’est pas toujours bonne à dire.

Et qu’en est-il des enfants ou des adolescents ?

mensongeLes tout-premiers mensonges de l’enfant vers 4-5 ans, sont rassurants. C’est la preuve que le tout-petit a grandi, qu’il a découvert et compris la différence entre les notions de mal et de bien. Il vit dorénavant les choses intentionnellement et commence à comprendre que les actions entraînent des conséquences. Ainsi, il nous prouve qu’il connaît en partie le fonctionnement des relations humaines. Il sait qu’en mentant, il va pouvoir peut-être échapper à une sanction ou à un moment désagréable. Il a conscience que son comportement n’est pas acceptable et il est clair pour lui qu’ainsi il a une chance sur deux de ne pas être grondé. Finalement, il adopte la même stratégie que les adultes qui mentent en inventant des arguments pour passer au travers les sanctions, que ce soit au travail, par rapport au code de la route, etc.

Certains parents sont parfois un peu trop protecteurs et parfois d’une curiosité invasive. L’enfant se défend alors pour préserver son jardin secret. Il est une personne. Enfin, l’enfant aime énormément ses parents. Il ne veut pas leur faire de peine. Quand l’enfant ressent la tristesse de ses parents, il les console. Il va parfois recourir au mensonge pour leur éviter les tracas ou les protéger. Souvent, il va devenir un petit clown pour apaiser la peine de ses parents ou surmonter les situations catastrophiques.

Les enfants sont aussi très spontanés et s’aperçoivent très vite que leurs paroles peuvent produire des effets aux conséquences inattendues. Que répéter une vérité qu’ils ont enregistrée à la maison, peut leur valoir parfois de gros soucis ou des moqueries. « Mon papa et ma maman votent pour L », «  Maman t’offre ses fleurs, parce que une dame les lui a données et elle ne les aime pas », etc. Si bien que là encore, mieux vaut mentir. L’enfant expérimente que le mensonge peut être « salvateur ».

Je m’arrête là pour les exemples de séries de mensonges, tant faits par les adultes que les enfants. Bien évidemment, les enjeux ne sont pas les mêmes et les conséquences non plus. Alors, non ! Je ne vais pas vous dire qu’on laisse faire. L’analyse des raisons du mensonge va nous aider justement à leur ôter cette solution de la facilité au contraire, sauf pour assister une personne en danger.

2) Quelle différence entre punir et responsabiliser l’enfant ou l’adolescent ? Comment les préparer à vivre au mieux leur vie future ?

Punir ou responsabiliser n’impacte pas l’enfant ou l’adolescent de la même manière. La punition permet aux parents de donner des limites à leur enfant, à condition que ces derniers soient soudés dans leur décision par rapport au jeune. Souvent, cela fonctionne en partie. Soit l’enfant subit la punition, soit il réagit vivement, en claquant la porte ou en faisant du chantage affectif «  De toute façon, dans cette maison personne ne m’aime, etc. » Mais en réalité, l’enfant n’est pas responsabilisé, il ne prend absolument pas conscience de ce qu’il a fait. C’est de la faute des parents, des autres et cela ne va pas plus loin. L’enfant en colère va recommencer pour provoquer et vous montrer que votre action ne changera pas son comportement. Conclusion, les relations familiales deviennent de plus en plus pesantes et insatisfaisantes pour tout le monde.

Responsabiliser son enfant ne signifie ni faire la morale ni expliquer, en pensant qu’il va en retirer une leçon. C’est stérile. Responsabiliser consiste à lui permettre de prendre conscience pleinement que ses actes ont des répercussions sur lui ou les autres. Ces dernières sont bénéfiques ou gênantes, voire fortement désagréables.

Seulement, pour responsabiliser votre enfant, il doit faire l’expérience des conséquences de ses actes. Par exemple, à chaque fois que vous le conduisez à une activité de loisirs, il doit respecter les horaires de départ ou de retour. On ne prend jamais un enfant en traitre. On le prévient : « Je pars dans 5 mn, je veux bien te conduire, je te rends service et ce n’est pas un dû, je n’attendrai pas ». Si l’enfant tarde, vous partez. Ensuite, c’est son problème, pas le vôtre. Il faut bien lui spécifier. Les conséquences seront qu’il arrivera en retard et par ses propres moyens s’il est en âge de prendre le bus seul ou qu’il se privera lui-même de son activité.

Il sera en colère, me direz-vous. Oui, à l’énorme différence près, qu’il va prendre conscience qu’il n’est pas le centre du monde dans la maison. En le regardant droit dans les yeux, vous lui direz en rentrant que c’est lui qui a décidé d’être en retard, personne ne l’y a obligé. C’est à lui de savoir ce qu’il décidera de faire la prochaine fois. On lui explicite bien : « Tu as été prévenu, c’est ton problème, c’est ton choix, je respecte ta liberté, moi, aussi j’ai ma liberté ». Restez zen et complètement imperméable à ses récriminations. Dites-lui toutes ces choses sans élever la voix.

L’enfant n’est pas privé d’un mois de télé ou d’ordi, ce qui n’a aucun rapport avec l’évènement. Quand il possède un portable et qu’il ne prend pas soin de son matériel d’école, de ses vêtements, etc. on peut lui confisquer l’appareil au motif qu’il ne fait pas attention à du matériel moins fragile. Le portable est un gage de confiance des parents. Ils estiment qu’il a acquis la maturité pour y faire attention, ne pas le perdre, ne pas l’endommager. A partir, du moment où il ne se comporte de manière irresponsable avec ses affaires, ils lui reprennent le portable, puisqu’il ne saurait l’être avec un mobile. La preuve en est flagrante.

3) Comment répondre aux mensonges en fonction de l’âge de votre enfant ?

En ce qui concerne le mensonge, j’utilise toujours la responsabilisation de l’enfant : assumer la conséquence de ses actes. Autre solution, réagir en effet miroir à ses agissements. J’adapte ma méthode en fonction de l’âge des enfants. Cependant, l’efficacité rime aussi avec un minimum de souplesse.

Quand l’enfant est à la maternelle, je réponds au mensonge en lui montrant que je ne le crois pas et je lui donne un argument. On peut éventuellement en rigoler.

Dans le cas, où il utilise le mensonge pour faire disputer le grand frère par exemple, ou il a peur de dire la vérité parce qu’il a fait une bêtise, j’interviens différemment. Je lui fais comprendre qu’il a peur, que s’il avait dit la vérité, même si son comportement n’est pas satisfaisant, pour moi, il aurait eu le courage d’accepter d’assumer les conséquences. Je lui aurai tout de suite pardonné et ensemble nous aurions régler le problème. A lui, de réfléchir comment. Si besoin, je l’aide.

Le fait de réparer redonne de l’estime de soi.

A partir de l’école primaire, je lui fais alors vivre la conséquence de ses actes. Il a eu peur de devoir assumer son comportement. Personne ne l’a obligé ou poussé à le faire. Nous n’allons pas nous énerver, c’est là aussi son problème. « On est bien d’accord, tu m’as menti. Comment je vais savoir si c’est vrai la prochaine fois ? Ma confiance en toi est abimée. Comment on fait ensemble pour ne pas se retrouver dans cette situation ? » Je tiens bon et je ne me laisse pas attendrir par le chantage affectif et les « je ne recommencerai pas ». Généralement, ils récidivent une seconde fois, histoire de tester que je ne changerai pas de stratégie et également montrer leur mécontentement, très rarement une troisième fois. C’est votre cohérence entre vos actes et vos paroles qui l’aidera le plus.

Face à la provocation, ne surtout pas entrer dans leur jeu. Rester totalement indifférent, afin que leur spectacle ou leur coup d’épée tombe à l’eau. Quand l’enfant veut impressionner par des pleurs ou des cris, on peut changer de pièce. Tout s’arrête alors très vite, car il n’y a pas de spectateurs. Bien sûr, on ne peut pas toujours dire la vérité, car la vie serait bien triste. On a le droit de tester ses capacités à rendre des histoires plausibles, pour rire. Alors dès que l’on voit que le poisson a mordu, on éclate de rire en disant « blague », « poisson d’avril ». C’est important de se préparer pour être opérationnel, le jour où le mensonge pourra sauver une vie ou éviter de blesser quelqu’un inutilement.

Valérie CHÉENNE pour l’association OZE

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