Les fêtes traditionnelles à l’école de la République

L’école publique, soumise à justification sur ces fondements depuis quelques décennies, doit-elle rendre des comptes sur la célébration des fêtes traditionnelles ?

Crises citoyennes après crises religieuses, l’école publique est la cible des combats idéologiques. Depuis plusieurs années, affaiblie et stigmatisée, elle semble ne plus pouvoir se défendre. C’est pourtant là que s’exerce le plus clairement le principe de laïcité. Ici se rencontrent, souvent pour la première fois, les croyances et leur système de protection. Cette rencontre ayant tourné à la confrontation, pourquoi l’Institution ne sait-elle plus mener le combat ?

À l’approche de Noël, à nouveau les consciences s’interrogent. Les fêtes traditionnelles sont-elles pertinentes à l’école de la République ?

 

Qu’est-ce qui pousse (vraiment) les enseignants à suivre les fêtes traditionnelles ?

Parfois chez les professeurs, aucune posture militante de protection des coutumes n’accompagne la présence de ces fêtes traditionnelles en classe. La réalité est que fréquemment, les enseignants, soumis à l’élaboration d’une programmation annuelle des apprentissages, s’appuient sur la saisonnalité. Car chacun des évènements de saison (la rentrée, Noël, Pâques…) est un prétexte mobilisateur et motivant.

Alors, un peu comme il ne vous viendrait pas à l’esprit de déguster une galette feuilletée à la frangipane à la Toussaint, le choix des situations d’apprentissage obéit à un statu quo. Ou, par convenance et facilité, à un certain opportunisme pédagogique. C’est un peu comme le plan commercial des Galeries Lafayette. On fait comme tout le monde pour gagner en adhésion. Mais peut-on le reprocher aux enseignants ?

Peu de conviction derrière ce choix donc. Et surtout aucun ancrage institutionnel pour ces fêtes traditionnelles. Si l’exploration du temps et de l’espace sont des apprentissages obligatoires de l’école, rien n’oblige le corps enseignant à évoquer la galette de l’Épiphanie, les œufs de Pâques, le Père Noël…

 

Pourquoi ces festivités sont-elles menacées à l’école ?

Ces célébrations qui offrent pourtant un volet traditionnel et culturel indépendant du fait religieux, sont mal comprises, reçues et interprétées par certains parents. Fortuites et facultatives, elles sont devenues la cible de ces derniers. Qui remettent en question l’Institution sur bon nombre de sujets.

Pire, dans la pratique et l’exploitation, les coutumes sont trop mal cadrées par le corps enseignant. Épaisse comme du papier à cigarette, la frontière entre tradition culturelle et tradition religieuse impose un difficile jeu d’équilibre aux professeurs. Ne sachant où commence la croyance, maitrisant mal le principe de laïcité, ils s’exposent souvent mal armés à la critique des parents. Effrayés par la polémique ou lassés par le combat idéologique à mener, il arrive à des enseignants de jeter l’éponge.

Ainsi, à la rentrée 2018, une école élémentaire des Bouches du Rhône a annoncé annuler les célébrations de Noël. Dans un communiqué à la presse, le rectorat précise que, vivement interpellée par une mère d’élève sur la légitimité des festivités de Noël à l’école publique, la directrice, « doutant sous la sidération d’être bien en accord avec le principe de laïcité », a préféré renoncer.

 

fêtes

 

À ces parents, il faut opposer l’essentiel

Faut-il rappeler la fonction des fêtes et traditions ? Fédératrices, les coutumes rassemblent une population autour de valeurs communes. Certaines, omniprésentes, ne peuvent être ignorées : Noël, l’Épiphanie, Pâques… Dans leur version païenne, elles permettent à l’école publique de faire découvrir des habitudes et traditions culturelles. Décloisonnant les habitus sociaux et la vie au sein de l’école, ancrant ainsi cette dernière dans la société.

L’école participe à la construction du citoyen. Or, être citoyen ce n’est pas observer obligatoirement les coutumes et traditions. Mais c’est les connaitre pour les respecter en tant que nécessité pour certains.

Je ne souhaite pas ici défendre Noël ou Pâques ou toute autre fête d’inspiration chrétienne. J’ai conscience que les sociétés mutent, évoluent au gré notamment des mouvements de populations. Lesquelles, depuis la nuit des temps, migrent et s’acculturent.

À l’échelle de l’Histoire, nous ne pouvons observer pour l’instant la réappropriation des différents Aïds que nous apportent les sociétés de tradition musulmane. Mais il est fort à parier que le temps fera son œuvre. Et que les pâtisseries célébrant la fin du Ramadan seront un jour une coutume dont l’origine religieuse nous échappera.

Il faut donc continuer à célébrer les fêtes traditionnelles quelles qu’elles soient pour ce qu’elles enseignent : fédération, partage, respect.

 

Le rôle de liant culturel

Il ne sertà rien d’opposer les traditions ou de les refouler sous des prétextes laïcards d’incompatibilité républicaine. Certes opportunes, leur exploitation pédagogique mérite d’être défendue avec conviction. Encore faut-il (re)mobiliser les enseignants…

Si certains les confondent avec des porte-drapeaux de leur identité, si d’autres les refoulent par peur du mysticisme, c’est qu’ils n’ont pas compris la fonction universelle des traditions. Elles sont un besoin fondamental des sociétés. Un « liant » interculturel, qui s’adapte en permanence aux aspérités d’une population en constante mutation. En tant que telles, elles ont bien leur place à l’école de la République.

 

                                                                                              Laurie PICARD pour l’Association Oze

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